Rebondir #1 – 25 mai // Romain Courtois présente une projection vidéo réalisée sur mesure pour le lieu : un ballet aquatique. Son travail articule divers objets-symboles, reproduits ou issus de la culture populaire et d’absolument partout.

 

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Entretien avec Romain Courtois

 

« Après des études en communication visuelle à Penninghen achevées en 2008, je me suis naturellement et aussitôt orienté vers la recherche plastique, l’expérimentation et la critique.
En tant qu’artiste, j’ai constaté que ma démarche ne pouvait entièrement dépendre de ma volonté, mais bien plus de la conduite générale des manières du monde et de l’environnement qui m’entouraient par la force des choses, et à travers elles mes intuitions perçantes et irrépressibles. Dans cette optique, j’appliquerais à l’art ce que le sociologue applique à sa propre science, à savoir, une observation minutieuse et objective d’une société vécue, des tendances de choses diverses, et à une époque qui est la sienne ; pour ma part, à une époque précise de l’histoire de l’art : aujourd’hui. Très exactement…

 

Ma démarche est du même ordre. La seule différence est dans la proposition finale : le langage « cinématographique » employé. Car la plupart des matériaux que j’utilise sont des images tirées de prises de vue réelles, voire de films « photographiés », amateurs ou pros, de clips divers, ou d’une manière plus générale, d’objets-symboles involontaires, reproduits ou issus, non seulement de la culture populaire, d’absolument partout, et que j’articule entre eux au sein d’une « syntaxe » visuelle.
En somme, ma production artistique — si au fond elle n’est pas en réalité une modeste collection de fragments poético-sociaux à caractère documentarisant ; de nature non spectaculaire, ni vraiment introspective, mais bien plutôt analytique — ne parle de moi que dans la mesure où je fais partie de l’univers que je m’efforce de représenter, non sans un certain goût pour la caricature, l’autocritique, et l’ironie subtiles.

 

Rien ne peut être plus vaste que l’univers qui m’intéresse, puisque je ne lui impose aucune barrière stylistique, celles-ci étant admises comme de toute façon vaines, superficielles et ne résistant jamais longtemps. Malgré une telle largesse de manœuvre, qui est un véritable luxe de nos jours, du point de vue académique, je reste attaché à trois principes classiques d’où émergent les tropes qui font mon empreinte personnelle sur cette grande fresque en gesticulation automatique : la matière (« filmique », voire « figée dans le film »), la relation chromatique et la composition. Pour le reste, je continue d’aller librement où l’imprévisibilité me mène, une caméra mentale greffée à l’œil gauche, tandis que l’autre s’occupe de trier ce qui est bon, ce qui ne l’est pas, ce qui fait sens inédit ou, au contraire, lieu commun. »

 

Propos de Romain Courtois recueillis par Olivia Zeitline pour Réécrire. Paris, le 25 avril 2012

 

Site Web : rcmedy.blogspot.fr